L’orobanche rameuse, une plante parasite plutôt incontrôlable ? 

L’orobanche rameuse, une plante qui parasite un grand nombre de cultures telles que le colza ou le chanvre occasionne d’importantes pertes de rendement dans les parcelles agricoles françaises. Bien qu’il soit souvent recommandé par mesure prophylactique d’alterner les cultures dans les pratiques agricoles, les études menées par les chercheurs de l’unité Agroécologie de l’Inra de Dijon montre que l’association d’espèces différentes n’est pas toujours efficace. Et que bien au contraire, cette association facilite, dans certains cas, le développement de l’orobanche. Les travaux de ces chercheurs ont été publiés dans la revue internationale Agronomy for Sustainable Development.

Orobanche en fleur. © Inra, Stéphanie GIBOT-LECLERC
Mis à jour le 29/07/2015
Publié le 28/07/2015

L’orobanche, un parasité sévère difficile à contenir et à éliminer

L’orobanche, une plante parasite, menace sévèrement certaines grandes cultures agricoles de notre territoire. Plusieurs départements français sont en état d’alerte face à son développement rapide. Phelipanche ramosa ou orobanche rameuse se développe au détriment de nombreuses cultures parmi lesquelles le colza, le chanvre et le tabac. Elle parasite également des cultures maraîchères, comme le melon et la tomate tandis qu’Orobanche cumana, touche uniquement et durement le tournesol depuis plus d’un demi-siècle. Toutes deux se fixent obligatoirement sur les racines d’une plante hôte afin d’y puiser l’eau ainsi que les éléments nutritifs nécessaires à leur développement.

La culture du colza a dû, dans certaines régions et dans certains cas, être abandonnée en raison de la prolifération de l’orobanche. Les pertes de rendement s’élèvent de 30 à 100% dans les cultures touchées par l’orobanche. La force de cette plante parasite réside dans son fort pouvoir de dissémination. En effet, chaque pied d’orobanche mature produit de 100 000 à 1 000 000 de graines minuscules et légères facilement dispersées par le vent, l’eau et le matériel agricole. Une fois enfouies dans le sol, les graines d’orobanche restent viables pendant plus d’une dizaine d’années en attendant un hôte susceptible de stimuler leur germination.

L’union ne fait pas toujours la force 

Le développement de l’orobanche est étudié par les chercheurs de l’unité Agroécologie du centre Inra de Dijon. Son comportement a été analysé à la fois dans les milieux où les espèces végétales ne sont pas mélangées (cultures monospécifiques) et dans les milieux où les espèces végétales sont mixtes (peuplement plurispécifique). Le parasite a ainsi été combiné soit au colza seul (plante hôte), soit à une plante adventice, le liseron des champs seule (plante non-hôte), soit aux deux hôtes potentiels à la fois. Bien que le mélange d’espèces végétales soit souvent recommandé dans les pratiques agricoles pour diluer les risques épidémiques, il est apparu que l’association de l’orobanche au colza et au liseron des champs a fait accroître le nombre d’orobanches de 170 %, comparé au colza pris seul.

Si le liseron apparaît donc comme une plante n’hébergeant pas le parasite, il favorise néanmoins son développement sur le colza. Les chercheurs parlent de phénomène de facilitation parasitaire. Le liseron joue ainsi le rôle de plante non-hôte facilitateur. 

Cette nouvelle catégorie d’interaction biologique, non-hôte facilitateur, nécessite de reclassifier les espèces en fonction de leur sensibilité propre à l’orobanche mais aussi de leur impact indirect sur la dynamique du parasite. Ainsi, certaines espèces végétales insensibles à l’orobanche à priori, pourraient en réalité favoriser le développement de l’orobanche en condition de culture. C’est pourquoi, il est nécessaire d'évaluer à la fois la culture et la flore adventice des champs pour leur capacité à déclencher et/ou fixer le parasite. Il s’agira de déterminer les associations végétales bénéfiques au développement du parasite ou au contraire celles antagonistes à son développement et donc potentiellement utilisées dans le cadre d’une lutte biologique contre l’orobanche.

Le ou les mécanismes sous-jacents de la facilitation demeurent encore inconnus mais ils constituent pour les chercheurs une réelle opportunité de découverte de nouveaux mécanismes de résistance à l’orobanche qui pourraient ensuite être intégrés dans des variétés cultivées.

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Références

Gibot-Leclerc S., Abdennebi-Abdemessed N., Reibel C., Colbach N., 2013. Non-host facilitators, a new category that unexpectedly favors parasitic weeds. Agronomy for Sustainable Development, 33, 787-793.