Identification d’une nouvelle souche du virus de la Sharka

Une nouvelle souche du virus de la Sharka, le pathogène viral le plus important des espèces fruitières à noyau, a été identifiée par des chercheurs de l’unité de recherche Biologie du Fruit et Pathologie de l’Inra Bordeaux Aquitaine, en collaboration avec des chercheurs russes, slovaques et espagnols. A la différence de la quasi-totalité des autres souches déjà déterminées, elle est capable d’infecter les cerisiers. Cette découverte a fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique internationale Phytopathology.

VERGER  de cerisiers en  FLEUR . © INRA
Mis à jour le 06/10/2014
Publié le 10/09/2014
Mots-clés : CERISIER - sharka - VIRUS - PCR - PPV

De son nom scientifique Plum pox virus (PPV), le virus de la Sharka s’attaque aux abricotiers, pêchers ou encore pruniers, entraînant des symptômes variés et, dans les cas les plus graves, une chute précoce des fruits. En fonction de la variété des arbres et de leur sensibilité vis-à-vis du virus, de la souche virale et de différents paramètres agronomiques, les pertes peuvent atteindre 80 à 100 % de la production.

Une collaboration internationale pour identifier le virus

Le projet d’étude a débuté suite à l’identification de symptômes du virus de la Sharka sur des cerisiers en Russie. Les chercheurs russes ont alors fait parvenir les échantillons aux chercheurs slovaques et français, qui se sont respectivement occupés du séquençage du génome, puis de l’analyse des séquences génétiques. Ils ont ainsi pu déterminer grâce à des comparaisons génétiques qu’il s’agissait d’une nouvelle souche de PPV. Enfin, les chercheurs espagnols ont étudié la détection par sérologie de la nouvelle souche. Cette vaste collaboration a aussi permis de développer une technique de réaction de polymérisation en chaîne (PCR) efficace pour détecter cette nouvelle souche de PPV. La PCR est une technique de biologie moléculaire qui consiste à copier un fragment d’ADN donné en milliers d’exemplaires identiques, ce qui facilite son étude.

Des mécanismes d’infection encore méconnus

Les cerisiers sont souvent infectés par plusieurs virus à la fois. Cependant, les souches du virus de la Sharka les plus répandues ne sont pas capables de les infecter, c'est-à-dire de se répandre à l’ensemble de la plante. Elles ne représentent donc pas actuellement une menace pour les cerisiers en Europe. Rien n’est moins sûr pour la nouvelle souche PPV-CR (CR pour « Cherry Russia »), qui est capable de se répandre dans ces plantes et représente donc un potentiel danger pour les cerisiers européens. Les mécanismes que cette souche utilise pour infecter les cerisiers restent pour l’instant indéterminés. D’autres recherches seront donc nécessaires pour approfondir les connaissances sur sa capacité d’infection.

La découverte de la nouvelle souche CR laisse des questions sans réponse. Les chercheurs ne connaissent pas encore, par exemple, son potentiel épidémique et donc ne savent pas si elle est capable de provoquer de graves épidémies. Les dégâts qu’elle pourrait causer sur les cultures européennes ne sont donc pas aisément prévisibles. Cependant, l’identification de cette nouvelle souche et le développement de techniques permettant sa détection spécifique, va permettre d’appréhender voire de réduire les risques de son introduction en Europe.

Lire aussi : "La sharka, maladie incurable des arbres fruitiers à noyau"

référence

Glasa M, Prikhodko Y, Predaj a L, Nagyová A, Shneyder Y, Zhivaeva T, Subr Z, Cambra M, Candresse T. Characterization of sour cherry isolates of plum pox virus from the Volga Basin in Russia reveals a new cherry strain of the virus. Phytopathology,  2013 Sep;103(9):972-9. DOI: 10.1094/PHYTO-11-12-0285-R.