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Le risque de mortalité des colonies d’abeilles s’accroît sous la pression du frelon asiatique 

Le Frelon asiatique inquiète les apiculteurs et pouvoirs publics depuis son introduction accidentelle en France et son expansion rapide vers plusieurs pays d’Europe de l’Ouest. En décryptant les réponses comportementales et démographiques des colonies d’abeilles face à ce nouveau prédateur, une étude publiée dans la revue Journal of Pest Science confirme les risques de surmortalité dans les ruchers dus au frelon asiatique qui perturbe l’activité des butineuses pendant la préparation des colonies à l’hivernage.

Un frelon asiatique Vespa velutina en vol stationnaire, dos tourné à l’entrée d’une ruche, à l’affût des abeilles butineuses de retour au nid. Comportement typique de prédation.. © Inra, Quentin ROME (MNHN)
Par Fabrice REQUIER
Mis à jour le 05/12/2018
Publié le 05/12/2018

Le frelon asiatique, un facteur de risque de perte de colonies

Observé pour la première fois en 2004 dans le sud-ouest de la France, le frelon asiatique Vespa velutina s'est rapidement répandu sur la plus grande partie du territoire français. Entre 2010 et 2017, cette espèce en provenance de Chine s'est également établie avec succès dans sept pays voisins : Espagne, Portugal, Italie, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni et Pays-Bas.

Cette invasion inquiète les apiculteurs et les pouvoirs publics en France et en Europe car, en chassant les abeilles devant les ruches, ce frelon représente un risque supplémentaire de déclin pour les colonies d’abeilles mellifères. Or l’attaque du frelon asiatique a lieu surtout en automne, période cruciale pour les colonies d’abeilles qui préparent leur hivernage, suggérant que cette prédation pourrait augmenter le risque de mortalité de ces colonies pendant l’hiver.

Sur la base de cette hypothèse, et bien qu'aucune étude n'ait encore quantifié ce risque, le frelon asiatique a été classé comme « danger sanitaire » par les pouvoirs publics français, une décision soutenue par les apiculteurs. Depuis 2016, l’Union Européenne a également inclus V. velutina dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes dans le but, conformément à sa législation, de coordonner un plan de contrôle de son invasion.

Les chercheurs ont évalué le risque de mortalité hivernale des colonies d’abeilles lié au frelon asiatique en combinant des observations de terrain et des simulations démographiques. Ces travaux publiés dans la revue Journal of Pest Science sont issus d’une collaboration entre des chercheurs de l’unité Abeilles et Environnement (Inra), du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), de l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB), de l’Université de La Rochelle, et de l’ITSAP-Institut de l’Abeille.

Quelques frelons suffisent à paralyser l’activité de butinage de la ruche

Les observations de terrain confirment l’effet négatif du frelon sur deux caractéristiques de la colonie d’abeilles. Tout d’abord, le frelon capture les abeilles butineuses, ce qui augmente la probabilité de mortalité individuelle des abeilles en dehors de la ruche. Ensuite, en réponse à la présence de frelons en vol stationnaire devant la ruche, et pour limiter le risque de mortalité individuelle, les abeilles paralysent leur activité de vol. La présence de 6 à 8 frelons actifs fait chuter de moitié l’activité de vol de la colonie. Cette paralysie empêche leur approvisionnement en nectar et en pollen, et réduit ainsi le stock de réserves prévu pour l’hivernage.

Les simulations démographiques révèlent que ces perturbations induites par le frelon asiatique peuvent affecter la dynamique des colonies d'abeilles mellifères et réduire leur probabilité de survie hivernale. Plus particulièrement, l’intensité de la réponse comportementale de paralysie de l’activité de vol des abeilles apparaît comme un mécanisme important sous-jacent à l'effondrement des colonies.

Cette évaluation du risque confirme les préoccupations des apiculteurs et des pouvoirs publics sur la menace que représente le frelon asiatique pour la survie des colonies d’abeilles. La paralysie de l’activité de vol en présence de frelons asiatiques peut être considérée comme une réponse comportementale inadaptée des abeilles domestiques européennes face à ce prédateur exotique. Les auteurs de l’étude formulent des recommandations de gestion afin d'atténuer cet effet néfaste et d’assurer la survie des colonies. En particulier, ils proposent d’opter pour des techniques apicoles classiques ou d’autres méthodes qui n’induisent pas de risque environnemental supplémentaire pour la biodiversité : fusion des petites colonies ou nourrissage à l’approche de l’hiver par exemple ou encore emploi de protections grillagées qui, en éloignant les frelons de la ruche, limitent le phénomène de paralysie de l’activité de la colonie.

Référence

Requier, F., Rome, Q., Chiron, G., Decante, D., Marion, S., Menard, M., Muller, F., Villemant, C., Henry, M. (2018) Predation of the invasive Asian hornet affects foraging activity and survival probability of honey bees in Western Europe. Journal of Pest Science doi:10.1007/s10340-018-1063-0

https://link.springer.com/article/10.1007/s10340-018-1063-0