Interactions insectes-plantes : nouveaux éléments sur le comportement du méligèthe du colza 

L’écologie chimique est une approche multidisciplinaire qui œuvre à comprendre les échanges moléculaires existants entre différents organismes. Des chercheurs de l’unité de recherche Igepp (Institut de Génétique, Environnement et Protection des Plantes) du centre Inra Rennes Bretagne-Normandie ont identifié un composé chimique émanent du colza qui semble influencer l’intensité des attaques causées par un ravageur important, le méligèthe. Ils ont également étudié le comportement d’oviposition de l’insecte et mis en évidence que certaines variétés de colza étaient préférentiellement choisies par les femelles.

Méligèthe sur un bouton de fleur de colza.. © Inra, SAVIN Alexandre
Mis à jour le 14/06/2016
Publié le 14/06/2016

Le méligèthe, un petit coléoptère friand de pollen

Dès que les températures s’adoucissent, le méligèthe (Meligethes aeneus) quitte les sous-bois où il hivernait pour rejoindre les champs et se nourrir de pollen. Avant la floraison, cet insecte de la grande famille des coléoptères perfore les boutons floraux pour atteindre les étamines remplies de pollen. Sa plante de choix ? Le colza, Brassica napus, première espèce cultivée en Europe pour son huile et seconde espèce d’oléagineux cultivée au rang mondial.

Lors de son repas, le méligèthe endommage gravement le bouton floral, entraînant son avortement. Des pertes de rendement sont alors observées. Les femelles méligèthes pondent également leurs œufs à l’intérieur des boutons floraux où les tissus de la plante hôte servent de ressources pour les premières phases du développement de l’insecte. Une fois les fleurs écloses, les larves sont libérées et achèvent leur métamorphose dans le sol. La présence de l’insecte dans les cultures se pérennise et le cycle destructeur reprend. A l’heure actuelle, combattre les ravages causés par ce coléoptère implique l’emploi de nombreux traitements pesticides. Ainsi, les chercheurs de l’Igepp (Institut de Génétique, Environnement et Protection des Plantes) situé à Rennes travaillent à développer des stratégies alternatives.

L’écologie chimique lève le voile sur le langage entre l’insecte et la plante

Les chercheurs rennais ont étudié et décomposé l’interaction colza-méligèthe en plusieurs étapes dont celle de la destruction des boutons floraux pour l’alimentation et celle du comportement d’oviposition de l’insecte. Une approche d’écologie chimique a consisté à comparer plusieurs génotypes de colza et identifier les paramètres chimiques et physiques du végétal qui influencent le comportement et la physiologie de l’insecte. Des différences entre variétés à plusieurs étapes de l’interaction ont été trouvées.

La teneur en saccharose semble être déterminante dans l’interaction de l’insecte avec le colza, particulièrement vis-à-vis du comportement destructeur des boutons floraux. Sa forte présence augmente l’attitude phytophage de l’insecte et par conséquent, les dégâts occasionnés.

L’oviposition, c’est-à-dire l’action de déposer les œufs dans le milieu optimal permettant leur éclosion, est influencée par de nombreuses variables. Tous les boutons floraux ne se valent pas, les femelles ont des préférences. Le repérage des boutons floraux optimaux ne paraît pas dépendre de composés chimiques végétaux mais plutôt de paramètres physiques. A l’aide de son ovipositeur, l’organe qui permet à la femelle de déposer les œufs, le méligèthe détecte l’épaisseur et la dureté du bouton floral. Les données révèlent que les femelles ont montré une forte préférence pour une des cinq variétés de colza étudiées. La variabilité naturelle du colza apparaît suffisante pour envisager des programmes de sélection.

Une confirmation de l’effet de ces composés et des préférences variétales ouvrirait la voie à des stratégies de sélection visant à augmenter la résistance du colza. Conformément aux politiques actuelles de diminution des substances pesticides autorisées, la culture de certaines variétés présentant naturellement les avantages agronomiques recherchés permettrait de réduire l’usage de produits phytosanitaires.

Références

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