3 questions à Xavier Reboud sur l’appel à projets SMaCH : Mobiliser les régulations naturelles, surveiller, diagnostiquer, anticiper les risques pour la santé des cultures

Xavier Reboud dirige le métaprogramme SMaCH, il est également Chef de Département adjoint Santé des Plantes et Environnement de l’INRA. Il répond à trois questions concernant le récent lancement de l'appel à projets SMaCH 2014 intitulé « Mobiliser les régulations naturelles, surveiller, diagnostiquer, anticiper les risques pour la santé des cultures ». Propos recueillis par Sylvie Colleu.

Paysage agricole composé de différentes cultures, céréales, tournesol. © Florence CARRERAS
Mis à jour le 29/11/2013
Publié le 29/11/2013

Le métaprogramme SMaCH (Sustainable Management of Crop Health) lance son appel à projets pour 2014, quelle est l’idée forte soutenue cette année ?


En écho à l’adage médical « mieux vaut prévenir que guérir », ce nouvel appel à projets SMaCH est lancé sous le signe de la prévention. Nous avons réuni sous une même bannière des attendus sur tout ce qui concourt à protéger la santé des cultures : en mobilisant les régulations naturelles, en surveillant les émergences ou réémergences, en mettant au point des outils de diagnostic des bioagresseurs et de reconnaissance des auxiliaires, et en anticipant les risques par des systèmes de surveillance et d’alerte. Nous avons en tête qu’il faut encourager de telles recherches et favoriser leur articulation.

Cet appel s’inscrit clairement dans un objectif de durabilité de la protection des plantes et notamment de moindre dépendance aux pesticides. Il repose sur le développement d’un paradigme intéressant qui consiste à accepter la présence de ravageurs et de maladies dans l’environnement et à cibler le « comment » d’un pilotage de la co-évolution entre ces bio-agresseurs, les plantes et l’action humaine afin de rester dans une plage ou leur présence peut être aisément tolérée. Pour illustrer mon propos, prenons l’exemple des adventices qui accompagnent l’agriculture depuis son avènement. Si 6000 ans n’ont pas permis leur élimination il y a sans doute lieu de trouver comment éviter les nuisances plutôt que viser leur éradication ?

Nous avons structuré l’appel en deux axes. Le premier axe donne une place centrale à la biodiversité et aux services qu’elle rend en termes de régulation des pathosystèmes et de capacité à endiguer les bioinvasions. Il fait appel à différents principes de stabilité, de résistance et de résilience des agroécosystèmes susceptibles d’impacter la santé des cultures. Il nous semble qu’il reste de nombreuses zones d’ombre, notamment pour permettre le développement de modèles épidémiologiques visant à appréhender les situations d’émergence ou de réémergence ainsi que les conditions de passage des bioagresseurs et/ou des auxiliaires des réservoirs naturels aux réservoirs cultivés et inversement.

Le deuxième axe vise à approfondir les connaissances au niveau de la veille, de la surveillance, du diagnostic, de la prévention et de la gestion des risques. Ce secteur est un parent pauvre alors même qu’il soulève de très nombreuses questions scientifiques. On observe que d’un pays à l’autre, il y a de fortes variations des systèmes de veille. En France, les systèmes de veille appliqués à la santé humaine ou animale montrent des dispositifs et savoirs très différents de ceux du domaine végétal. On pense donc que combiner des connaissances spécifiques aux différentes activités de l’épidémio-surveillance du végétal conduira à repenser ou améliorer des systèmes d’organisation des alertes, de transmission de l’information, de modélisation et d’anticipation des risques, voire de gestion de crises phytosanitaires. Un point étonnant est, par exemple, le peu d’informations disponibles et réactualisées sur les ravageurs alors que l’expertise de terrain est faite au quotidien dans le cadre de nombreux dispositifs. Il est facile d’imaginer ce que l’on gagnerait collectivement à mieux partager les données mais il est important de bien le quantifier. Il y a sans doute aussi beaucoup d’avancées techniques maitrisées sur la connaissance des bioagresseurs qui peinent encore à franchir les portes de nos laboratoires. Nous devons réfléchir à toutes ces questions.

Comment organiser la recherche pour être à la hauteur de ces ambitions ?

Le thème choisi est transversal à tous points de vue. Il nécessite d’étudier à la fois les espaces cultivés et aussi les espaces naturels et semi-naturels : haies, lisières… C’est ambitieux car encore cloisonné dans des communautés scientifiques différentes ! Il oblige également à s’intéresser à différentes échelles : depuis les organismes (les plantes, les agents pathogènes et aussi les auxiliaires), jusqu’aux parcelles et aux territoires. Enfin, la santé des cultures, c’est aussi la question de l’impact des activités humaines sur l’agro-éco-système et l’incidence du choix des modes de gestion retenus pour réguler les bioagresseurs.

On voit donc bien que ce thème nécessitera des recherches pluridisciplinaires. De ce fait, pour aborder ces questions complexes, il parait indispensable d’articuler la contribution de plusieurs équipes issues de plusieurs départements de l’Inra et c’est bien le rôle du métaprogramme que de permettre cela. Nous attendons donc des équipes qu’elles s’organisent pour soumettre des projets qui feront travailler ensemble des chercheurs de disciplines différentes : des écologues avec des économistes, des biologistes avec des statisticiens, des agronomes avec des pathologistes… Notre mission, c’est de pousser à casser les frontières, en apportant le petit coup de pouce pour le faire sans plus attendre !

On sait bien que pour arriver à cet objectif, c’est un travail supplémentaire qui est demandé aux chercheurs. Aussi, le métaprogramme jour un rôle de facilitateur en organisant des moments de discussion et de construction collective des projets. Une fois que les projets ont démarré, nous organisons un séminaire de lancement, rassemblant toutes les équipes impliquées afin faire circuler l’information, de créer du lien et de favoriser le dialogue entre les chercheurs de disciplines différentes. D’ailleurs le séminaire de lancement de l’appel à projets de l’année précédente aura bientôt lieu, les 17 et 18 décembre 2013 à Paris. Les premiers échos des chercheurs des projets les plus avancées sont extrêmement positifs sur la démarche.

Comment se déroule cet appel à projets ?

Le thème de l’appel 2014 a été diffusé auprès de tous les départements de l’Inra et des équipes identifiées à ce jour. Nous organisons cet appel en deux vagues. Les pré-projets sont attendus pour le 17 janvier et seront évalués par la cellule de coordination de SMaCH sur plusieurs critères : l’adéquation au thème, la valeur scientifique, la pluridisciplinarité et la prise en compte d’actions de diffusion et de valorisation des résultats qui complètent les classiques publications évidemment incontournables. En effet, nos publications scientifiques ciblent une petite frange de la population alors que nos questions concernent toute la société. Nous attendons aussi de la créativité de la part de nos équipes sur une diffusion élargie des résultats !

Ensuite, dans une deuxième phase, les équipes sélectionnées construisent un projet définitif selon les indications de la cellule de coordination. Ils disposent de six semaines pour améliorer leur projet de départ. Cela qui passe souvent par le regroupement de plusieurs pré-projets pour aboutir à un montage plus abouti et plus ambitieux. La phase d’incubation est extrêmement importante et est, en quelque sorte, la marque de fabrique des métaprogrammes.

Les projets définitifs seront évalués fin mars 2014 de façon à ce que les équipes puissent disposer des crédits début avril et commencer leurs travaux. Plusieurs types de projets sont éligibles : projets de recherche, montage et animation de réseaux d’échanges, construction de bases de données… L’appel est doté de 600 k€.