Epidémiosurveillance en protection des plantes : du diagnosTIC au recensement

Plusieurs applications développées par l’Inra permettent aujourd’hui d’identifier et de localiser des maladies dans les cultures grâce à son smartphone ou sa tablette. Certaines fonctionnalités du moteur de recherche Google sont également en cours d’étude par des chercheurs de l’Inra afin de suivre des espèces invasives, de localiser et d’anticiper leur pullulation. Les technologies de l’information et de la communication (TIC), mises à disposition de tout un chacun, rapprochent le citoyen du chercheur, et permettent de renforcer activement et facilement la surveillance épidémiologique des cultures à travers les territoires. 

Nid de chenilles processionnaires dans un pin.. © Inra, ROUSSELET Jérôme
Par Anissa MANDE
Mis à jour le 24/05/2016
Publié le 24/05/2016

Diagnostiquer et géolocaliser le bioagresseur d’une plante avec son smartphone

Les ingénieurs et techniciens de l’unité Santé et Agroécologie du Vignoble de l’Inra Bordeaux Aquitaine ont développé en 2012 une première application nomade nommée Di@gnoPlant afin de faciliter la reconnaissance d’une maladie sur une culture donnée, ceci grâce à un module d’identification par l’image des symptômes, des signes ou des ravageurs observés. Cet outil, une fois le diagnostic établi, permet de renseigner l’utilisateur sur les caractéristiques biologiques du pathogène identifié, et de délivrer les méthodes de protection à envisager. Les cultures ciblées à ce jour par Di@gnoPlant sont la courgette, le melon, la salade, le tabac, la tomate et la vigne, mais également les bioagresseurs des jardins. En partenariat avec la société Koppert, l’Inra a également produit l’application Di@gnoPlant – Biocontrol dont la vocation est d’aider à reconnaître facilement aussi bien un ravageur qu’un auxiliaire en cultures légumières, et de proposer éventuellement des solutions de biocontrôle adaptées.

Ces différentes applications sont maintenant dotées d’un module de géolocalisation appelé VigiPl@nt. Couplé à Di@gnoPlant, ce module permet à un observateur de déclarer la présence d’un bioagresseur dans une culture géo-référencée et d’éditer sans effort sa cartographie de répartition sur le territoire. Ainsi, grâce à un smartphone et à cette application participative, il est maintenant possible de suivre en direct l’étendue d’une épidémie et les zones vraisemblablement touchées.

Avec l’application Inra de « science citoyenne et participative » Agiir (pour Alerter & Gérer les Insectes Invasifs et/ou Ravageurs), chacun est en mesure de reconnaître une espèce invasive, signaler sa présence dans un endroit donné, et mettre en œuvre les mesures qui s’imposent. Simple d’utilisation, Agiir s’appuie sur un système de reconnaissance et de gestion par l’image. Cette application concerne à ce jour quatre insectes invasifs majeurs en France : la chenille processionnaire du pin, le frelon asiatique, la punaise diabolique, et la pyrale du buis. Des spécialistes de l’Inra valident ensuite les données collectées, avant de les exploiter et les diffuser.

Surveiller une espèce invasive avec Google

Les chercheurs de l’Inra utilisent également les technologies de l’information et de la communication, via le moteur de recherche Google, pour recenser et suivre des espèces invasives. Ainsi, un projet de recherche basé sur l’utilisation de Google Street View a vu le jour pour cartographier l’extension de la distribution géographique de la chenille processionnaire dont les nids sont aisément visualisables sur les pins. Cet outil offre des vues panoramiques le long des routes et permet d’identifier de nombreux détails tout en diminuant les coûts d’acquisition de données pour étudier la présence d’espèces invasives.

Afin d’anticiper la progression des espèces envahissantes, les chercheurs de l’Inra envisagent actuellement d’utiliser les flux de requêtes dans le moteur de recherche Google. Tel est l’objet du projet GEEK, Google trends network and pest outbreak, coordonné par le Centre de Biologie pour la Gestion des Populations (CBGP) de l’Inra Montpellier. Ces données sont particulièrement intéressantes pour le suivi des pullulations, car elles sont nombreuses, stockées, régionalisées, datées et parfois disponibles dans des zones du monde difficiles d’accès. Les chercheurs s’intéressent actuellement au cas de la punaise diabolique, un ravageur des cultures fruitières et maraîchères présent depuis plusieurs années aux Etats‐Unis et qui a été repéré en France en 2012. A l’automne, la punaise diabolique a un comportement grégaire et se regroupe dans les habitations. Sa présence peut alors faire l’objet de signalements et susciter des requêtes sur Google aussi bien par les populations urbaines que rurales. Ces informations recueillies seront ensuite confrontées aux données collectées par les organismes officiels et les réseaux d’entomologistes amateurs pour s’assurer de la fiabilité de cette méthode.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Jean-Marc ARMAND UMR1065 SAVE Santé et Agroécologie du Vignoble, centre Inra Bordeaux Aquitaine
  • Dominique BLANCARD UMR1065 SAVE Santé et Agroécologie du Vignoble, centre Inra Bordeaux Aquitaine
  • Jean-Claude MARTIN UE0348 UEFM Entomologie et Forêt Méditerranéenne, centre Inra PACA
  • Jean-Pierre ROSSI UMR1062 CBGP Centre de Biologie pour la Gestion des Populations, centre Inra Montpellier
  • Jean-Claude STREITO UMR1062 CBGP Centre de Biologie pour la Gestion des Populations, centre Inra Montpellier
  • Denis THIERY UMR1065 SAVE Santé et Agroécologie du Vignoble, centre Inra Bordeaux Aquitaine