Criquet pèlerin : une évolution du risque face au changement climatique

Le criquet pèlerin est une espèce envahissante, très connue et redoutée pour les dégâts agricoles qu’elle peut causer à grande échelle. Cette espèce est particulièrement surveillée afin de prévenir les risques de pullulation et d’invasion. Les changements climatiques pourraient modifier l’aire de répartition du criquet pèlerin et constituer une nouvelle menace pour l’agriculture selon une étude publiée dans la revue Global Change Biology par des chercheurs du Cirad et de l’Inra.

Criquet pèlerin Schistocerca gregaria flaviventris . © Inra, ©CIRAD Antoine FOUCART
Par Christine MEYNARD - Arnaud RIDEL
Mis à jour le 22/09/2017
Publié le 11/09/2017

Le criquet pèlerin, un ravageur sous haute surveillance

Le criquet pèlerin est un ravageur majeur de nombreuses cultures et des pâturages au sein d’une vaste zone de près de 30 millions de km2 couvrant l’Afrique au nord de l’équateur, le Proche-Orient, et les péninsules arabique et indo-pakistanaise. Comme les autres locustes, le criquet pèlerin peut passer d’une phase solitaire à faible densité populationnelle pendant les périodes de récession (de calme), à une phase grégaire à forte densité populationnelle lors des invasions, pendant lesquelles ses bandes larvaires et essaims deviennent dévastateurs pour l’agriculture.

L’importance de ce ravageur a nécessité la mise en place d’une stratégie de prévention opérée grâce à de nombreux centres nationaux de surveillance et de lutte répartis dans la plupart des pays affectés. Ces dispositifs sont coordonnés à l’international par la FAO à Rome, qui dispose d’un service d’information chargé de suivre la situation sur l’ensemble de l’aire de répartition de l’insecte et d’effectuer des prévisions quant aux risques de pullulation et d’invasion. Ce système d’alerte et de prévention du risque a permis une réduction de l’ampleur des invasions dans la plupart des zones agricoles majeures.

Un nouveau risque en Afrique australe avec le changement climatique

Les changements climatiques en cours et à venir risquent de modifier plus ou moins profondément le risque acridien. C’est en effet en présence de conditions climatiques favorables (fortes pluies et températures) que démarrent les invasions à partir d’une aire de répartition plus restreinte et plus désertique. Il convient donc de mieux évaluer les évolutions probables de ce ravageur agricole afin d’anticiper les modifications souhaitables du dispositif actuel de prévention. Grâce au partage de données historiques (1930-2000) du Service d’information sur le criquet pèlerin de la FAO (DLIS-FAO), une équipe mixte Inra/Cirad a pu étudier la niche climatique et la distribution de cette espèce pendant les périodes de récession, et envisager les effets des changements climatiques possibles aux horizons 2050 et 2090 selon deux scénarios climatiques pour l’avenir.

Le criquet pèlerin comporte deux sous-espèces, l’une (la plus dangereuse actuellement d’un point de vue agricole) au nord de l’équateur, l’autre (moins connue) en Afrique australe. Les résultats des recherches montrent que, bien que les deux sous-espèces occupent, dans leurs zones de récession respectives, des climats différents, leurs niches environnementales ont été conservées au long de leur évolution. Ce conservatisme de niche implique que si le climat au sud de l’Afrique se rapproche de l’actuel climat du nord, la sous-espèce du sud pourrait devenir aussi dangereuse que sa cousine du nord. De plus, face aux changements climatiques, les projections réalisées suggèrent, à large échelle, que la sous-espèce du sud devrait voir sa distribution s’élargir.

La sous-espèce du nord devrait de son côté rencontrer des conditions d’aridité plus extrêmes qui pourraient contracter son aire de distribution globale pendant les périodes de rémission. Cependant, cette contraction concerne avant tout le cœur hyperaride du Sahara et exclut les aires grégarigènes du criquet pèlerin, d’où partent les premières bandes larvaires ou essaims d’ailés. Une autre conséquence du changement climatique plus inquiétante est la prédiction d’expansions locales aux marges de la répartition géographique actuelle, comme le Sahel côtier au sud.

Rester vigilant face au risque d’invasion

Les chercheurs, auteurs de cette étude, concluent que les pratiques et capacités de suivi et de gestion de ce ravageur devraient rester en place dans le nord de l'Afrique, et suggèrent une vigilance accrue sur les marges sud et nord de la distribution actuelle. En Afrique australe, la possibilité pour la sous-espèce du sud de constituer à l’avenir une menace plus importante pour l’agriculture devrait faire l'objet d'une attention particulière, notamment en ce qui concerne la capacité de grégarisation sous de nouvelles conditions climatiques.

Au-delà des incertitudes liées à la modélisation de l’aire de répartition d’une espèce, cette étude montre que la stratégie de gestion préventive de ce ravageur majeur ne peut pas être considérée comme établie une fois pour toute. Elle doit être questionnée en permanence pour tenir compte, non seulement des changements climatiques prévisibles, mais aussi de l’évolution du contexte socio-économique.

L’équipe de recherche du Cirad continue à travailler sur le criquet pèlerin, avec des études qui visent à améliorer la gestion de ce ravageur en intégrant ses diverses composantes et en le considérant comme un système complexe adaptatif.

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référence

Climate-driven geographic distribution of the desert locustduring recession periods: Subspecies ’ niche differentiation andrelative risks under scenarios of climate change
Christine N. Meynard, Pierre-Emmanuel Gay, Michel Lecoq, Antoine Foucart, Cyril Piou, Marie-Pierre Chapuis
DOI: 10.1111/gcb.13739
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/gcb.13739/full