Piqure d'Aphidius matricariae sur puceron.. © Inra, GAMBIER Jacques

Biocontrôle

Un oomycète comme agent de biocontrôle d’une maladie du bois de la vigne

L’oomycète Phythium oligandrum est un colonisateur de la rhizosphère, la zone du sol caractérisée par les interactions présentes entre les racines des plantes et les microorganismes. Selon une étude réalisée il y a un an dans le cadre d’une thèse, P. oligandrum se révèlerait être un potentiel agent de lutte contre l’esca, une maladie du bois de la vigne.

Mis à jour le 12/11/2014
Publié le 12/11/2014

Afin de contrôler certaines maladies fongiques, comme le mildiou, l’oïdium, ou encore la pourriture grise, la filière viti-vinicole réalise de nombreuses applications de pesticides chimiques de synthèse sur les ceps. Néanmoins, pour d’autres pathologies, comme les maladies du bois, aucune matière active chimique n’est homologuée depuis l’interdiction en 2001 de l’arsénite de soude, un principe actif de pesticide. Ces maladies du bois rendent environ 13% du vignoble français improductif. Dans ce contexte, la filière viti-vinicole est particulièrement sensible au développement de méthodes alternatives de protection des plantes, plus respectueuses de l’environnement et de la santé humaine.

A la recherche de solutions alternatives

Conscient de ces enjeux, l’Unité Mixte de Recherche Santé et Agro-écologie du Vignoble (UMR SAVE) en partenariat avec la société Biovitis SA, s’est engagée dans le développement d’une stratégie de protection de la vigne via le biocontrôle. Une collaboration, débutée en 2009, a été matérialisée par le financement d’une thèse CIFRE, encadrée par Patrice Rey, professeur en protection des végétaux à Bordeaux Sciences Agro et réalisée par Jonathan Gerbore (2010-2013).

L’objectif  de l’étude consistait à utiliser un oomycète appelé Pythium oligandrum principalement contre l’esca une maladie du bois touchant les parties aériennes de la vigne. Afin d’utiliser des souches de P. oligandrum adaptées à l’écosystème vigne, plusieurs d’entre elles ont été isolées de la rhizosphère de ceps cultivés dans 3 sous-régions viticoles concernant 12 vignobles du Bordelais. Chaque souche provenait d’un sol spécifique : argilo-calcaire, sablo-graveleux ou graveleux. Les relations entre P. oligandrum et les racines de la vigne ont été étudiées par analyse transcriptomique, une technique d’analyse de l’expression des gènes.

Des pistes encourageantes

Les résultats ont montré que de jeunes plants de vigne répondent à la colonisation racinaire par P. oligandrum en modifiant l’expression de gènes intervenant dans plusieurs voies métaboliques. Un essai, conduit pendant deux années consécutives, visant à induire chez la vigne une protection contre un champignon pathogène impliqué dans l’esca, Phaeomoniella chlamydospora, a été réalisé.

La colonisation des racines par P. oligandrum a été associée à une réduction de la longueur des nécroses dues à P. chlamydospora. En adéquation avec ce résultat, l’analyse transcriptomique a montré une surexpression des gènes impliqués dans les mécanismes de défense et plus particulièrement dans la voie de l’éthylène. L’éthylène est souvent émis par les plantes lorsqu’elles sont soumises à un stress. Plusieurs gènes spécifiquement induits constitueraient des marqueurs de résistance qu’il conviendra de valider lors de prochaines expérimentations.

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