Piqure d'Aphidius matricariae sur puceron.. © Inra, GAMBIER Jacques

Biocontrôle

La carpovirusine, un virus comme bio-insecticide

La France est le quatrième marché mondial en termes de consommation de pesticides et le premier en Europe. Au niveau de la production fruitière les pommiers sont les plus traités car très sensibles aux champignons pathogènes et aux insectes, notamment le carpocapse des pommes et des poires (Cydia pomonella). En moyenne, un pomiculteur va réaliser de 35 à 40 traitements par an sur ses parcelles !

Publié le 12/11/2014

Depuis le Grenelle de l’Environnement la question des risques sanitaires et environnementaux est de plus en plus présente. Trouver des moyens de lutte contre les ravageurs de culture qui soient respectueux de l’environnement est plus que jamais d’actualité. Le biocontrôle, qui utilise des agents et produits d’origine naturelle semble être l’une des solutions les plus prometteuses.
Retour sur la création de la carpovirusine, un des produits pionniers du biocontrôle pour la protection des plantes.

La carpovirusine, quèsaco ?

La carpovirusine est un insecticide biologique mis au point dans les années 1980 par l’Inra et Calliope, un de ses partenaires industriels, afin de lutter contre le carpocapse des pommes, un papillon de nuit. Principal ravageur des vergers de pommiers, ses larves se développent à l’intérieur des fruits. C’est à partir d’un agent pathogène naturel spécifique de la larve du papillon, le virus de la granulose du carpocapse (CpGV,) que la carpovirusine a été créée. Le virus, une fois ingéré par la larve se multiplie dans l’organisme de celle-ci. La larve arrête de s’alimenter, devient blanchâtre et meurt liquéfiée.

La carpovirusine est aussi bien utilisée en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle. Cet agent de biocontrôle a l’avantage de  laisser moins de  traces résiduelles sur les fruits, comme le font les pesticides chimiques. En agriculture biologique, elle est l’un des seuls moyens de lutte autorisé et efficace contre le carpocapse. En agriculture conventionnelle, on estime entre 12 à 15% le taux d’adoption de la carpovirusine par les pomiculteurs.

La carpovirusine est le seul produit de traitement contre le carpocapse, qui soit à la fois naturel et spécifique : il n’atteint pas les pollinisateurs, les autres auxiliaires ou encore les mammifères. L’utilisation de la carpovirusine permet de diminuer de 8 à 10% le nombre de produits phytosanitaires d’origine synthétique !

De la découverte du virus à la naissance de la carpovirusine

Le virus a été identifié pour la première fois en 1964 par Y. Tanada, à partir de larves virosées provenant de vergers de pommes et de poires près de la vallée d’Allende au Mexique. Il fut pour la première fois produit en masse et testé en plein champ en Californie de 1965 à 1972 et à partir de 1970 en Europe. L’isolat fut ensuite transmis à différents centres de recherche scientifique dont l’Inra en France dans les années 80. En 1990, l’Inra débute une collaboration avec Calliope, fabricant de produits phytosanitaires. Ils mettent en commun leurs compétences, afin de créer un agent de biocontrôle efficace contre le carpocapse.

En 1993, une filiale de Calliope, Natural Plant Protection (NPP) voit le jour et met en place un élevage industriel entièrement automatisé de carpocapses porteurs du virus. Ces virus une fois extraits et transformés sous forme de bio-insecticide permettent de traiter des dizaines de milliers d’hectares, jusqu’à 100 000 pour la production de 2013 ! La carpovirusine a été homologuée et commercialisée en 1998 pour son usage contre cet insecte ravageur en culture de pommes, poires et coings. L’ensemble des bio-insecticides à base de virus de la granulose sont obtenues à partir du même isolat viral mexicain.

En 2005, des cas de résistances à la carpovirusine sont signalés : l’Inra, l’Ecole des Mines d’Alès, NPP et le Groupement de Recherche de l’Agriculture Biologique (GRAB) se sont alors réunis dans le cadre d’un partenariat pour résoudre cette nouvelle problématique. Les recherches ont abouti à la découverte d’un nouvel isolat viral dit « R5 » efficace sur insectes résistants. Cet isolat viral a conduit à la production d’une carpovirusine de deuxième génération appelée « EVO2 » mise sur le marché en France en 2012 par NPP, premier producteur européen de carpovirusine.

Un double contrôle avant la mise sur le marché

En France la procédure de mise sur le marché intervient au niveau européen et au niveau français. La commission européenne se charge d’évaluer au niveau national les risques de toxicité sur l’Homme et l’environnement avant de délivrer une autorisation de mise sur le marché (AMM) du produit en question.

Au niveau français, un dossier biologique du produit doit être présenté pour garantir son efficacité et son innocuité vis-à-vis de l’Homme et l’environnement. Il est alors évalué par l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui le transmet par la suite à la Direction générale de l’alimentation (DGAL) qui statue sur la mise sur le marché du produit.

Les produits d’origine naturelle ne peuvent pas être évalués de la même manière que peuvent l’être les produits phytochimiques. Depuis la création de la carpovirusine, des règles et des expérimentations spécifiques ont donc été mises en place pour les produits de biocontrôle.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Myriam SIEGWART UR1115 PSH Unité de recherche Plantes et Systèmes de Culture Horticoles