Piqure d'Aphidius matricariae sur puceron.. © Inra, GAMBIER Jacques

Biocontrôle

Stimuler les défenses des plantes pour lutter contre les bioagresseurs

Les plantes sont capables de percevoir leur environnement et en particulier les agressions auxquelles elles sont confrontées. Cette perception se traduit par la mise en place de mécanismes adaptatifs qui leur permettent de mieux se défendre contre les stress. Dans le cas des agressions de type biotique, c'est-à-dire liées à un parasitisme par des microorganismes (agents pathogènes) ou des insectes (ravageurs), les plantes ont développé des mécanismes de défense capables de contenir ces agresseurs voire de les éliminer. On sait depuis plusieurs décennies comment stimuler les défenses des plantes en les traitant avec des produits mimant une attaque parasitaire (éliciteurs), ou des hormones impliquées dans la mise en place de ces défenses. En pratique ces produits sont appelés SDP pour stimulateurs des défenses des plantes.

Publié le 12/11/2014

La place de la stratégie SDP en agriculture

Depuis une vingtaine d’années, les expérimentations montrent que dans certains cas des SDP peuvent rivaliser en efficacité avec des fongicides comme c’est par exemple le cas contre l’oïdium du blé. Mais de manière générale ils donnent des efficacités partielles, souvent inférieures à 50%. Une autre limite des SDP est leur manque de reproductibilité. En l’absence de préconisations claires, les SDP sont souvent utilisés tout au long d’un cycle de culture, faute de bien connaître  les conditions et  les périodes où la plante est réceptive. Les paramètres climatiques sont connus pour influencer profondément l’état physiologique de la plante ce qui peut se traduire, par exemple, par une imperméabilisation des organes aériens en cas de déficit hydrique dû à la chaleur. De même, on sait que le stade de développement des organes végétaux est susceptible de modifier la mise en place des défenses dans les tissus et donc la réponse aux SDP. Ceux-ci, longtemps considérés trop peu efficaces en comparaison des pesticides, bénéficient d’un regain d’intérêt dû à la réduction du nombre de matières actives pesticides, au nombre croissant de maladies orphelines et à l’innocuité des SDP pour l’environnement. Une stratégie efficace serait de les appliquer en complément d’autres méthodes de protection des plantes, dans le cadre de stratégies raisonnées.

Une réflexion collective sur les recherches

Le département Santé des Plantes et Environnement de l’Inra a été leader dans le domaine des SDP en France en créant un réseau sur cette thématique (réseau INDRES) qui regroupe tous les acteurs académiques travaillant sur les SDP (Inra, Universités, CNRS). Ce réseau est lui-même un moteur très important du RMT Elicitra qui réunit les acteurs de la recherche, de la recherche et développement, de l’enseignement, et de la communication autour de la problématique SDP.

Les équipes du réseau INDRES travaillent à lever les verrous majeurs à l’utilisation effective des SDP. Un premier enjeu est d’augmenter la palette de produits disponibles. Si la commercialisation des produits ne relève pas des missions de l’Inra, son travail sur la connaissance des mécanismes de défense des plantes en  jeu devrait aboutir à des propositions de matières innovantes. Ce travail sur les défenses des plantes conduisant à leur résistance permet également de répondre à un deuxième enjeu : disposer d’outils de suivi de la réceptivité d’une culture donnée à des traitements SDP pour mieux piloter les traitements. L’Inra s’est illustré dans ce domaine en proposant un outil de diagnostic des réactions de défense* disponible sur pommier, pomme de terre, vigne, tomate, et bientôt sur blé. Un dernier enjeu est de connaître les capacités et les limites de cette stratégie afin de la faire adopter de manière incontournable dans des schémas de production intégrée.

*technique « qPFD », brevet PCT/FR2011/051470 (2011) : « Dispositif pour déterminer ou étudier l’état de stimulation des défenses naturelles de plantes ou parties de plantes »

VOIR AUSSI : qPFD : un dispositif original de criblage et d’évaluation de molécules à effet « stimulateur de défense naturelle » des plantes.

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