Piqure d'Aphidius matricariae sur puceron.. © Inra, GAMBIER Jacques

Biocontrôle

Lutte contre le carpocapse : un récepteur olfactif à l’étude

Le carpocapse des pommes et des poires (Cydia pomonella) est un insecte ravageur présent dans les vergers dont les larves se développent à l’intérieur des fruits. Les dégâts occasionnés par cet insecte sur les pommiers, poiriers, abricotiers et autres arbres produisant des fruits à pépins et à noyau sont considérables. Des chercheurs de l’Inra de Versailles-Grignon en collaboration avec des chercheurs italiens et suédois ont identifié chez cet insecte un récepteur olfactif impliqué dans son attraction vers ces fruits. Ce récepteur apparaît comme une cible pertinente afin de développer de nouvelles méthodes de biocontrôle contre le carpocapse. Ces résultats ont été publiés en juillet dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution.

Mis à jour le 05/12/2014
Publié le 05/12/2014

Les médiateurs chimiques, une autre voie de biocontrôle

La France exporte près de 700 000 tonnes de pommes chaque année. Mais les vergers de pommiers sont des cibles privilégiées pour les insectes ravageurs tels que le carpocapse, un ennemi majeur de cette culture dans le sud de la France. Afin de prévenir ces attaques, les pomiculteurs sont amenés à pratiquer chaque année plusieurs traitements phytosanitaires sur leurs vergers. Pour limiter le recours à ces produits chimiques, il existe cependant des solutions de biocontrôle efficaces et respectueuses de l’environnement et de la santé humaine. C’est le cas de la carpovirusine, un insecticide naturel mis au point par l’Inra et la société Calliope dans les années 1990 à partir d’un virus d'insecte. Ce bio-insecticide constitue actuellement une solution de biocontrôle employée dans les vergers contre le carpocapse. Mais l’utilisation de microorganismes n’est pas la seule méthode de biocontrôle. Une autre voie est l'utilisation des médiateurs chimiques, souvent utilisés pour la confusion sexuelle ou le piégeage. Dans ce domaine, les recherches sur les récepteurs gustatifs et olfactifs des insectes ouvrent de nouvelles perspectives.

Le carpocapse, attiré par l’ester de poire

Les émissions volatiles de plantes permettent aux insectes ravageurs de localiser efficacement leur hôte. Ainsi, l’ester de poire ou « décadiénoate d’éthyle 2,4 », émis par certains fruits comme les pommes et les poires, est un puissant attractif pour les papillons et les chenilles du carpocapse. Cet odorant est actuellement utilisé pour le contrôle du carpocapse par piégeage, comme outil de surveillance des populations ou pour perturber les comportements des chenilles et des adultes. Le mélange de l’ester de poire avec la phéromone sexuelle de l’espèce, la codlemone, est particulièrement efficace. Comprendre comment l’ester de poire est reconnu d’un point de vue moléculaire par l’insecte permettra d’optimiser l’efficacité des méthodes de lutte contre ce ravageur. Cette reconnaissance implique des structures nerveuses particulières : les récepteurs olfactifs.

Un récepteur olfactif étudié de près par les chercheurs

Dans le cadre d’une collaboration internationale avec l’Université Suédoise des Sciences Agricoles (SLU) et l’Institut d'Agriculture de San Michele all’Adige (IASMA) en Italie, les chercheurs de l’Institut d'Ecologie et des Sciences de l'Environnement de Paris du centre Inra Versailles-Grignon ont identifié et caractérisé un récepteur olfactif du carpocapse qui répond à l’ester de poire. D’un point de vue évolutif, ce récepteur semble avoir évolué à partir de récepteurs olfactifs spécialisés dans la détection des phéromones sexuelles, en acquérant une nouvelle fonction.

Le récepteur identifié étant un récepteur clé dans la reconnaissance des fruits par les chenilles et les papillons, il apparaît comme une cible prometteuse pour l’amélioration du contrôle biologique du carpocapse. L’identification d’une molécule naturelle efficace sur le récepteur du carpocapse et moins coûteuse que l’ester de poire permettrait, par exemple, l’amélioration des stratégies de piégeage. A l’inverse, un antagoniste du récepteur ou un bloquant olfactif pourrait être utilisé afin d’inhiber l’attraction des insectes. Ces stratégies « bio-olfacticides » ciblant les récepteurs olfactifs sont actuellement en plein essor.

Référence

  • Bengtsson, J.M., Gonzalez, F., Cattaneo, A.M., Montagné, N., Walker, W.B., Bengtsson, M., Anfora, G., Ignell, R., Jacquin-Joly, E., Witzgall, P., 2014. A predicted sex pheromone receptor of codling moth Cydia pomonella detects the plant volatile pear ester. Frontiers in Ecology and Evolution. 2014; 2. doi: 10.3389/fevo.2014.00033
  • Bengtsson J.M., Trona F., Montagné N., Anfora G., Ignell R., Witzgall P., Jacquin-Joly E. (2012) Chemosensory receptors of the codling moth, Cydia pomonella, identified by a transcriptome approach PlosOne, 7(2):e31620.